Sorti le 11 janvier 2012, LA COLLINE AUX COQUELICOTS est le dernier né des studios Ghibli. Après Les Contes de Terremer il s’agit ici du second long métrage de Goro Miyazaki, fils du célèbre scénariste et réalisateur Hayao Miyazaki. Le film était donc très attendu et c’est donc pour moi l’occasion d’en faire la revue.
Synopsis
Dans un Japon des années 60 encore fortement marqué par la guerre, La colline aux coquelicots nous raconte l’histoire d’Umi, une jeune lycéenne, qui chaque matin hisse des pavillons à côté de sa maison en hommage à son père disparu. Son destin va se mêler à celui de Shun le jour où ce dernier publiera un poème sur elle dans le journal de l’école. Au travers de leurs aventures, qui les mèneront à défendre un fameux foyer appelé « Quartier Latin », ils découvriront qu’ils partagent un autre secret bouleversant.
A savoir
La colline aux coquelicots est une adaptation d’un manga des années 80. A la base le manga était plutôt orienté Shojo, mais dans la mémoire de Goro Miyazaki il se distinguait déjà par sa maturité. Le projet du film a été lancé par son père qui a retravaillé le scénario originel pour le rendre un peu plus crédible et encore un peu plus adulte. Un élément prépondérant du film – le quartier latin – n’existait pas dans le manga. A la place, les étudiants luttaient pour et contre le port de l’uniforme. L’idée du quartier latin est très bonne. Elle permet de reprendre des sujets similaires : le besoin de liberté de la jeunesse et des sujets qui touchent à la tradition contre la modernité ou encore au devoir de mémoire. Mais le quartier latin, de par sa quasi personnification apporte plus, il devient un élément attachant qui apporte de la vie, de la joie et qui fédère la jeunesse qui souhaite le conserver.
L’histoire se déroule à Yokohama en 1963, un an avant les jeux olympiques de Tokyo, comme en témoignent les affiches placardées en ville ou dans les bureaux. Le Japon est alors en pleine modernisation, avec par exemple le tramway et le train. Tout cela est visible dans le film ce qui le rend très réaliste. D’ailleurs, dans une interview, Goro Miyazaki déclarait que sans forcément vouloir faire une œuvre nostalgique ils avaient beaucoup travaillé sur les détails afin de bien replonger dans l’époque.
Le titre « La colline aux coquelicots » n’est pas anodin et est plutôt bien trouvé. Il s’agit d’une métaphore avec la jeunesse qui se doit de pousser après la guerre. En effet, les coquelicots sont réputés être les fleurs qui poussent sur les champs de bataille. Même si la colline ne fût pas réellement un champ de bataille, elle abrite une population qui a été touchée par la perte d’être chers à cause des guerres successives.
Dernier détail, on retrouve dans le film certains attributs de la mentalité nippone. La difficulté à avouer ses sentiments, les non-dits, l’attention, le respect envers les adultes et les « sensei ». L’humour est lui aussi présent. Certains personnages sont plutôt cocasses et certaines situations font sourire.
Char design et animation
Comme attendu de la part du studio Ghibli, le char design et l’animation sont ici d’excellente qualité. On retrouve ainsi un trait fin, léger et raffiné ainsi qu’une coloration soignée et pastel.
Les personnages sont bien travaillés même si parfois peut-être un peu stéréotypés mais ce ne sont que des repères visuels qui permettent de cerner rapidement leur personnalité. Les personnages principaux ont un certain charme et sont très expressifs.
Concernant les décors, ils mélangent à la fois réalisme et nostalgie. Réalisme car il faut bien l’avouer, les détails pullulent ici et là pour nous plonger dans le Yokohama des années 60. Et nostalgie car les décors sont plutôt enchanteurs et qu’ils prennent souvent une teinte « coucher de soleil » qui pour moi fait systématiquement appel à la nostalgie.
Pour l’animation, hormis pour le ciel, les plans fixes (non-animés) sont inexistants ce qui est un vrai signe de qualité. Je pense tout particulièrement aux scènes qui se déroulent en ville et à l’école: c’est vivant. Il en va de même pour les scènes dans le quartier latin où on retrouve une foule de personnage qui s’activent et qui sont animés avec soin. On pourra cependant remarquer que du fait de certaines lenteurs scénaristiques certaines scènes ne mettent pas en avant l’animation.
Musique
La bande originale est signée Aoi Teshima. Malgré l’absence d’opening officiel, le début du film est accompagnée d’une chanson légère qu’on se plairait à écouter un beau jour de printemps en se levant. L’ending, qui fait office de « thème » est beaucoup plus profond et mélancolique. Avec son accordéon et son piano, ça me rappelle la bande originale de Noir qui était tout aussi émouvante.
Le reste de la bande originale est plutôt variée. Le style prédominant reste malgré tout les mélodies légères et calmes jouées au piano, mais quelques scènes sont accompagnées de chansons d’époque qui collent parfaitement
avec le reste du film puisqu’elles donnent du réalisme et renforce le sentiment de nostalgie.
On pourra également noter que le film propose quelques chants d’étudiants, que ça soit à l’école ou dans le Quartier Latin.
Conclusion
La Colline aux coquelicots est un bon film, qui d’après la critique est de meilleure qualité que le premier film de Goro (je dis cela car je n’ai moi-même pas vu les Contes de Terremer). La participation d’Hayao n’y est certainement pas pour rien d’ailleurs.
Le scénario est plutôt simple mais adulte et n’est donc pas accessible à un public très jeune comme peuvent l’être d’autres films du studio. Il souffre pour moi de 2 choses paradoxales. Il y a certaines lenteurs, et en même temps, je sens qu’ils auraient vraiment gagné à approfondir les relations entre les personnages et à faire un peu plus long. Umi et Shun auraient pu être plus attachants qu’ils le sont, et l’histoire plus touchante et plus émouvante qu’elle l’est.
Malgré le scénario un peu léger, l’immersion dans le Japon des années 60 est très appréciable. Les détails et le réalisme sont là, la musique est enivrante, et joue pour beaucoup dans la réussite du film puisqu’elle est également très émouvante.
Il s’agit donc d’une œuvre encourageante pour Goro Miyazaki que j’espère revoir à l’œuvre bientôt.



